Unspeakable : notre système transfusionnel est aujourd’hui sûr et fiable


Mercredi, janvier 09, 2019

Par le Dr Graham Sher

Même s’ils se sont produits il y a plus de vingt ans, avant la création de la Société canadienne du sang, les événements abordés ne doivent pas être placés sous le sceau du silence. Au contraire, cette histoire mérite qu’on la rappelle et qu’on la remette dans son contexte. 

La Société canadienne du sang, en sa qualité d’administratrice du système national d’approvisionnement en sang, n’a pas été amenée à participer à la conception d’Unspeakable, nouvelle minisérie dramatique de CBC. Elle reconnaît toutefois que ce sujet mérite qu’on y porte attention, et les leçons qui en ont été tirées permettent aujourd’hui d’éclairer les politiques et les prises de décisions. Le scandale du sang contaminé des années 80 et 90 a marqué une période noire de l’histoire de la santé publique du Canada.

À la suite d’une grave défaillance du système de santé publique, des produits sanguins contaminés par les virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et de l’hépatite C ont été administrés à des patients, compromettant leur santé et causant de nombreux décès. La forte chute du nombre de donneurs de sang a alors provoqué de fréquentes pénuries dans les hôpitaux. Pourtant, un sondage Ipsos réalisé en décembre 2018 a révélé que 61 % des Canadiens interrogés ne connaissaient ni ce pan de notre histoire (ou très peu) ni ses conséquences tragiques et toujours d’actualité pour des milliers de familles au pays.

Le scandale a abouti à l’ouverture d’une enquête publique dirigée par le juge Horace Krever. Dans son rapport final publié en 1997, ce dernier recommandait aux gouvernements, aux organismes de réglementation, aux administrateurs des systèmes d’approvisionnement en sang et aux fournisseurs de soins de santé de modifier en profondeur tous les aspects du système d’approvisionnement en sang canadien. L’année suivante, les gouvernements créaient la Société canadienne du sang, une nouvelle autorité indépendante et sans but lucratif appelée à opérer dans l’ensemble des provinces et des territoires, à l’exception du Québec.

Sous notre administration, le Canada a rapidement retrouvé la confiance qu’il avait perdue après la crise. Dans les années qui ont suivi, nous avons pu concrétiser la vision du juge Krever, et ce, grâce à l’engagement et à la collaboration des systèmes de santé, et au soutien des généreux donneurs.

Les patients canadiens et leurs proches ont désormais la certitude que chaque jour, une personne se réveille en santé grâce à un don. Vingt ans après l’enquête du juge Krever, le système d’approvisionnement en sang canadien est en effet reconnu comme l’un des plus sûrs au monde : aucune infection transfusionnelle au virus de l’hépatite C ou au VIH (agents pathogènes en cause lors du scandale) n’a été enregistrée depuis 1998.

Par ailleurs, conformément à la recommandation du juge Krever, nous ouvrons régulièrement nos portes aux patients et autres personnes intéressées par nos processus décisionnels. Nous tenons aussi à ce que les Canadiens puissent nous interpeller en tout temps sur le fonctionnement du système d’approvisionnement en sang, même lorsqu’il s’agit de questions complexes ou délicates.

Nous prenons très au sérieux la promesse faite aux patients et nous sommes conscients que nous devons chaque jour prouver que nous méritons la confiance du public. Cela n’est possible que par la participation du public aux prises de décisions, et ce, à tous les niveaux, du conseil d’administration au personnel de première ligne.

Le souvenir d’un passé inqualifiable (« unspeakable ») nous rappelle l’importance d’un leadership qui soit ouvert, qui œuvre en toute transparence et qui rende des comptes, ainsi que l’importance de la confiance que les Canadiens ont placée en nous. C’est pourquoi les patients sont au cœur de chacune de nos décisions, et que la sécurité et la qualité sont nos principales priorités.

En songeant à ce sombre chapitre de notre histoire collective, j’invite tout le monde, y compris ceux qui entreprennent de raconter cette histoire, à réfléchir à son rôle et à sa contribution à la chaîne de vie du Canada. Pour en savoir plus, allez sur https://blood.ca/fr/securite-transfusionnelle

Le Dr Graham Sher est à la Société canadienne du sang depuis la création de celle-ci en 1998. D’abord vice-président aux affaires médicales, il a été nommé chef de la direction en 2001.