Le pouvoir d'une simple conversation


Samedi, avril 06, 2019
Dr. Graham Sher

Par le Dr Graham Sher

Il y a un an survenait l’accident d’autocar des Broncos, l’équipe de hockey junior de Humboldt, en Saskatchewan. La commémoration de ce triste anniversaire et des vies qui ont été fauchées me rappelle qu’en temps de grande crise, la population canadienne est toujours à la hauteur.

Les Canadiens n’ont pas hésité à pousser à la roue après la tragédie du 11 septembre, tout comme ils l’ont fait l’an dernier après l’attaque au camion-bélier, à Toronto. Et lorsqu’il y a eu l’accident d’autobus à la station Westboro, à Ottawa, les gens se sont mobilisés là encore. Après l’accident de Humboldt, le nombre de personnes qui ont voulu donner du sang a explosé. Pendant les mois qui ont suivi, nous avons reçu trois fois plus de donneurs qu’à l’habitude aux centres de donneurs de la Saskatchewan.

C’est avec beaucoup d’humilité et de reconnaissance que nous avons accueilli cet élan de générosité. Nous faisons partie d’une grande chaîne de vie, et si nous pouvons aider les gens quand ils en ont besoin, c’est grâce au dévouement constant des donneurs. 

En plus de sensibiliser les gens au don de sang, la tragédie de Humboldt a eu un impact majeur sur le don d’organes et de tissus. Le plus étonnant, c’est que tout a découlé d’une courte conversation que Logan Boulet, défenseur de l’équipe, a eue avec sa famille. 

En 2017, l’ancien préparateur physique de Logan, Richard (Sluggo) Suggit, a été victime d’un anévrisme au cerveau. Six de ses organes ont été donnés pour la greffe. Ce don a touché le joueur de hockey, qui s’est inscrit au registre de donneurs d’organes au mois de mars suivant, à ses 21 ans. Logan ne s’est pas seulement inscrit au registre, il en a parlé avec son entourage. 

Son père, Toby, a raconté par la suite qu’il avait dit à son fils que quand il mourrait, plus personne ne voudrait de ses organes. La mort de Logan n’était pas quelque chose auquel il voulait penser. Mais cette discussion lui est revenue après l’accident qui a décimé les Broncos alors qu’ils se rendaient à un match des séries éliminatoires. Aujourd’hui, souhaitant perpétuer le legs de Logan, sa famille milite en faveur du don d’organes.

Au milieu de cette période sombre, l’histoire dramatiquement bouleversante de Logan apparaît comme une étincelle de lumière. Elle a trouvé écho chez les gens et les a incités à agir; plus de 100000 personnes se sont inscrites au registre depuis la tragédie.

À ma connaissance, aucun autre événement n’a suscité une telle réaction.

C’est là tout le pouvoir d’une simple conversation.

Il est intéressant de voir que la famille et les amis de Logan étaient parfaitement au courant de ses intentions. Non seulement le jeune homme s’était inscrit comme donneur d’organes, mais il avait informé sa famille qu’il souhaitait donner ses organes à toute personne qui en aurait besoin. J’ai le sentiment que peu de jeunes de son âge font comme lui. Quand on est jeune et invincible, la mort n’est même pas sur notre radar.

Mais les milliers de Canadiens qui attendent une greffe, eux, ont désespérément besoin que le don d’organes soit sur le radar de tout le monde.

Tous les Canadiens doivent s’inscrire à un registre de donneurs et dire à leurs proches qu’ils veulent faire don de leurs organes.

Nous travaillons avec des pays dont le taux de don d’organes est parmi les plus élevés au monde et nous savons qu’améliorer ce taux de don n’est pas simplement une question de loi ou de modèle de consentement. Pour avoir le maximum d’impact, il faut avoir des spécialistes de première ligne qui peuvent identifier et signaler les donneurs potentiels, assurer une gestion médicale efficace des donneurs potentiels et avoir du personnel qualifié pour soutenir les familles et leur parler du don. 

Les discussions sur le don d’organes ne sont pas faciles, mais des vies en dépendent.

Pour maintenir ce qu’on appelle maintenant «l’effet Logan Boulet», la famille de Logan collabore avec l’Association canadienne des greffés, la Société canadienne du sang et la Fondation canadienne du rein, entre autres pour promouvoir la Journée du chandail vert (7 avril).

Cette journée s’inscrit dans une campagne d’un mois qui culminera avec la Semaine nationale de sensibilisation au don d’organes et de tissus, du 21 au 27 avril. Nous souhaitons travailler aux côtés de la famille Boulet pour faire savoir à la population que le besoin d’organes est constant aux quatre coins du pays. Nous voulons par le fait même rendre hommage à Logan et au don de vie si inspirant qu’il nous a tous légué.  

Beaucoup de vies seront sauvées grâce à la conversation que Logan a eue avec sa famille. Pour la Journée du chandail vert, je vous invite à honorer le legs de ce jeune homme; inscrivez-vous au registre de don d’organes de votre province et parlez-en avec vos proches.

Pour vous inscrire, allez à organtissuedonation.ca/fr.